Je suis migrant et je souris

Posté le 15 mai 2017

 

Je suis migrant et je souris* est un livret de témoignages de jeunes mineurs étrangers et isolés. Jes les ai rencontrés lors d'ateliers écriture que j'ai mené durant plusieurs semaines à la MECS de l'Artois.

Ces gosses qui ont parcouru des milliers de kilomètres pour être libres m'ont donc livré une petite partie de leur histoire.

A l'occasion de la 3eme éditions d'Envie de Livres qui se déroulera la 4 juin prochain, près de Béthune, le reccueil sera vendu au prix de 5 euros, et l'intégralité des fonds reversés à l'ONG Teria Internationale.

En attendant en faire la présentation en direct, je vous offre un court extrait :

 

« 4 mars 2016
 
J’arrive pour deux heures d’entretien. Je suis intimidée, mais les sourires sont francs et l’accueil si chaleureux, que je me détends en moins de deux.
 
Le premier à se lancer avec enthousiasme dans l’atelier d’écriture et de retranscription est Mohammad, un jeune Afghan de quatorze ans. Il est arrivé en France il y a moins d’un an, et son périple m’a autant fascinée qu’effrayée.
 
Mohammad fait partie d’une fratrie de quatre frères et trois sœurs. Originaire de la province de Paktika, au sud de Kaboul. Il décide de quitter l’Afghanistan, tout seul, muni de son sac à dos et de son courage.
 
Il me raconte que sa famille et lui avaient une vie tranquille avant la guerre qui confronte les talibans aux membres de Daech depuis janvier 2015. À Jawara, dans son village, Mohammad allait à l’école, il apprenait l’anglais et le pachtoune, il jouait dans une équipe de football avec ses amis, se promenait sans risque. Aujourd’hui, la pression est immense pour les civils qui se retrouvent coincés entre le marteau et l’enclume. D’un côté, les talibans qui luttent contre le gouvernement de Kaboul depuis 2001, et de l’autre, une organisation puissante désormais présente dans plus de vingt-cinq provinces d’Afghanistan, « État islamique ». Au milieu, des gens devenus des dommages collatéraux, des gens comme la famille de Mohammad.
 
« Mon père est médecin, et un jour, les talibans sont venus le chercher à la maison pour soigner un soldat blessé. On ne lui a pas laissé le choix, soit il acceptait, soit il mourait. Il les a suivis et tout a changé pour ma famille [...] Pour être en sécurité, mon frère a accepté de collaborer avec la police. Moi, je n’étais pas d’accord, alors je suis parti. J’ai rejoint l’Iran à mon tour, tout seul. Je suis passé par le Pakistan, c’était moins dangereux que traverser mon propre pays. J’ai marché pendant un mois avec des gens que je ne connaissais pas et qui fuyaient, eux aussi. Je dormais dehors et me nourrissais d’eau et de biscuits.»
 
[...] Avant qu'il ne poursuive son histoire, quand je demande à Mohammad pourquoi il a décidé de partir tout seul de son côté, il me répond qu’il ne voulait pas que les talibans, Daech ou qui que ce soit le soumette. Que s’il devait mourir, il voulait mourir libre. »
 
*La couverture a été offerte et réalisée par Sylvie Veyres - Miesis Illustration

 

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